Visites d’un logement pendant le préavis : droits du propriétaire, limites légales et solutions en cas de refus
Pendant un préavis, un propriétaire peut organiser des visites pour relouer ou vendre, mais il ne récupère pas pour autant la libre disposition du logement. Le point de départ est simple : le locataire reste chez lui jusqu’au dernier jour, et toute visite doit être encadrée par des créneaux convenus et des limites légales.
Le point de départ : le locataire garde la jouissance paisible jusqu’à la fin
Dans les faits, le préavis ne transforme pas le logement en « vitrine » accessible à la demande. Le locataire conserve la jouissance paisible de son domicile du premier au dernier jour du bail, et le bailleur reste tenu de la respecter. Ce cadre est posé par l’article 1719 du Code civil et par l’article 6 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989.
Il faut distinguer deux choses : organiser des visites (possible sous conditions) et entrer dans le logement (interdit sans accord). La nuance est centrale, car beaucoup de tensions naissent d’un glissement : « j’ai besoin de faire visiter » ne veut pas dire « je peux entrer quand je veux ».
Le droit de visite est-il automatique? Non, et le bail ne suffit pas à lui seul
Un bail peut prévoir une clause de droit de visite. Pour un bailleur, c’est utile car cela fixe un principe. Mais cette clause ne vous autorise jamais à imposer une présence, ni à entrer sans le locataire, ni à passer en force au motif que « c’est écrit ». Le bon angle de lecture : la clause aide à cadrer, elle ne remplace pas un accord concret sur les jours et horaires.
La règle opérationnelle, c’est l’accord du locataire sur les créneaux. En pratique, vous proposez, le locataire accepte, refuse ou contre-propose, et vous actez un planning. Une agence immobilière peut filtrer les candidats, regrouper les demandes et tenir un registre, mais elle ne peut pas contourner le consentement du locataire.
Jours, horaires, durée : les limites légales qui structurent les visites
Le marché envoie un message clair sur ce sujet : ce n’est pas la quantité de visites qui compte, c’est leur qualité et leur conformité. Le droit fixe des garde-fous pour éviter la pression quotidienne sur le locataire.
- Pas de visites le dimanche et les jours fériés.
- Deux heures maximum par jour ouvrable.
- Créneaux à convenir : à défaut d’accord spontané, un usage fréquent est de regrouper entre 17h et 19h, mais ce n’est pas une règle universelle.
Ce qu’il faut regarder de près, c’est la dynamique : un locataire peut accepter plus facilement une plage courte, régulière et prévisible qu’une succession d’allers-retours. En pratique, le regroupement des visites limite les frictions, protège la vie privée, et évite les retards qui font dérailler une soirée entière, que ce soit pour une vente classique ou un contrat de location-vente.
Clauses de bail : ce qui peut être neutralisé même si c’est signé
La loi du 6 juillet 1989 prévoit des clauses réputées non écrites. Autrement dit, elles sont considérées comme inapplicables, même si elles figurent au bail et même si elles ont été signées. C’est un piège classique pour les bailleurs débutants : croire qu’une clause « musclée » sécurise l’accès.
Une clause qui impose des visites les jours fériés, ou au-delà de deux heures par jour ouvrable, est concernée. De la même façon, les formulations du type « accès libre », « à toute heure » ou « entrée permanente » exposent surtout à un conflit, pas à une solution.

Clés, absence du locataire, entrée dans le logement : la ligne rouge
Le détail qui change tout, c’est la notion de domicile. L’absence du locataire ne vaut pas autorisation. Une visite organisée sans accord, ou une entrée avec un double des clés « parce que le logement est en préavis », peut basculer du désaccord locatif vers un sujet pénal.
Le cadre est net : l’usage d’un double des clés suppose un accord du locataire, idéalement écrit, et limité (dates, heures, personnes autorisées). Sans droit ni consentement, l’intrusion peut être qualifiée de violation de domicile, avec une sanction pénale mentionnée à ce titre : un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. La protection du domicile est un principe constamment rappelé par la jurisprudence, ce qui explique la prudence à adopter.
Quand un préavis arrive, la tentation est de « rentabiliser » les dernières semaines. Mon expérience de rédaction, c’est que la relation se joue sur un point: transformer la visite en rendez-vous cadré, pas en accès subi.
Travaux et diagnostics : un autre régime d’accès, plus encadré mais parfois obligatoire
Le sujet est moins simple qu’il n’y paraît : les visites « commerciales » (relouer un appartement, vendre) ne se confondent pas avec l’accès lié aux travaux ou aux diagnostics. Pour certains travaux, l’article 7 de la loi de 1989 impose au locataire de laisser l’accès, mais le bailleur doit respecter une formalité de notification.
Cette notification doit être faite à l’avance, par lettre recommandée avec accusé de réception ou remise en mains propres. Elle précise la nature des travaux, la date de début, la durée et la nécessité d’accès. Si les travaux durent plus de 21 jours, une baisse de loyer proportionnelle est due. En cas de désaccord sur cette baisse, le litige relève du juge des contentieux de la protection, comme pour une caution en location saisonnière sans état des lieux contestée. Et si des travaux sont abusifs, dangereux ou rendent le logement inhabitable, le locataire peut demander au juge leur interruption, leur interdiction, ou la résiliation.
Pour le DPE, le raisonnement est proche sur l’accès : le locataire doit permettre l’entrée, et le propriétaire doit prévenir à l’avance par écrit.
Une méthode simple pour organiser des visites sans conflit (et garder des preuves)
Le calendrier compte. Une fois le préavis reçu, le bon réflexe consiste à ouvrir une discussion courte, factuelle, et tout de suite orientée planning : quels jours ouvrables, quelle plage de deux heures, qui accompagne, et comment on limite le nombre d’allées et venues. Je me souviens d’un échange où tout s’est débloqué quand le bailleur a proposé deux créneaux fixes par semaine, avec visites groupées, au lieu de demander une disponibilité « au fil de l’eau ».
- Proposez 2 ou 3 options de créneaux compatibles jours ouvrables et plafond de deux heures.
- Validez par écrit (email, message) et conservez le planning accepté, y compris si une agence gère.
- Regroupez les candidats sur une même plage et tenez une trace minimale (heure d’entrée-sortie, personnes présentes).
Des outils de planification comme Doodle ou Calendly peuvent aider à centraliser les disponibilités et à tracer l’accord, à condition de rester dans le cadre : c’est une aide logistique, pas une manière d’imposer. Les visites en visio ou une visite virtuelle peuvent aussi servir à pré-qualifier, mais elles n’effacent pas les règles dès qu’il s’agit d’entrer dans le logement.
Tableau de lecture : ce qui est possible, ce qui bloque, ce qui sécurise
| Situation | Ce que le propriétaire peut faire | Limites et points de vigilance |
|---|---|---|
| Visites pour relouer ou vendre | Proposer des créneaux, organiser, regrouper, passer par une agence | Accord sur jours et horaires, pas de dimanche ni jours fériés, 2 heures max par jour ouvrable, pas d’entrée sans accord |
| Locataire absent | Visiter seulement si le locataire a donné un accord explicite | Double des clés uniquement avec autorisation, idéalement écrite et limitée |
| Travaux nécessitant l’accès | Demander l’accès selon le cadre légal | Notification écrite préalable, baisse de loyer proportionnelle si plus de 21 jours, recours au juge en cas de conflit |
| DPE | Faire intervenir le diagnostiqueur | Prévenir le locataire à l’avance par écrit, accès à permettre |
| Refus total de visites | Formaliser des propositions raisonnables et engager des démarches | Ne pas entrer de force, preuves à conserver, tentative amiable souvent requise avant juge si litige inférieur ou égal à 5 000 euros |
Si le locataire refuse les visites ou ne répond plus : une marche à suivre graduée
Le vrai rapport de force se joue souvent sur les preuves écrites. Si le locataire se ferme, l’objectif n’est pas de multiplier les appels, mais de formaliser des propositions raisonnables et traçables, puis d’escalader proprement.
D’abord, adressez des propositions par écrit (email, puis recommandé si nécessaire) et conservez les échanges, ainsi que le planning proposé. Ensuite, une conciliation ou médiation peut être proposée, surtout si l’enjeu est limité. Pour les litiges inférieurs ou égaux à 5 000 euros, une tentative préalable de conciliation, médiation ou procédure participative est requise avant de saisir le juge.
Si le blocage persiste, la saisine du juge des contentieux de la protection (tribunal dont dépend le logement) permet de demander des mesures et, selon les cas, des dommages-intérêts. Il existe des décisions où un locataire a été condamné à indemniser un préjudice lié à l’empêchement d’accès et de vente, avec un exemple chiffré à 10 000 euros. Le signal mérite d’être nuancé : ce n’est pas automatique, mais cela rappelle que le refus total et durable peut se retourner contre le locataire.
À l’inverse, entrer avec un double des clés sans autorisation reste le faux pas typique : vous perdez le terrain juridique et vous prenez un risque pénal. À retenir, pour un bailleur : la stratégie gagnante n’est pas de « forcer » la visite, mais de cadrer tôt, d’écrire, de regrouper, et de garder un dossier propre si une phase amiable puis judiciaire, avec ses délais et sa procédure, devient nécessaire.
