Faut-il repeindre un appartement en location avant l’état des lieux pour récupérer son dépôt de garantie ?
Non, vous n’avez pas à repeindre systématiquement un appartement avant l’état des lieux de sortie. Le vrai critère, c’est la différence entre usure normale (à la charge du propriétaire) et dégradations imputables (à la charge du locataire), avec l’état des lieux comme pièce centrale. L’objectif n’est pas de « faire du neuf », mais de rendre un logement relouable et de pouvoir le prouver.
Le point de départ : ce que la loi permet (et ce qu’elle n’impose pas)
Le cadre est assez lisible si on le ramène à deux articles de la loi du 6 juillet 1989. D’un côté, le bailleur doit fournir un logement décent et assurer l’entretien qui relève du bâti et de l’usure liée au temps (article 6). De l’autre, le locataire doit assurer l’entretien courant et les réparations locatives (article 7), ce que précise le décret n°87-712 du 26 août 1987 avec, notamment, le maintien en état de propreté et les menus raccords de peintures.
Autrement dit : la remise en peinture complète n’est pas automatiquement exigible au départ. Le débat se joue sur la preuve, et c’est là que l’état des lieux devient votre meilleur allié. Le Code civil (article 1730) rappelle cette logique : sans comparaison solide entre l’entrée et la sortie, la retenue se discute. Et depuis le décret du 30 mars 2016, la notion d’état d’usure est mieux cadrée, avec la mécanique de vétusté (vieillissement normal). La loi Alur a aussi installé l’idée d’une grille de vétusté comme outil contractuel, utile seulement si elle est annexée au bail et signée.
Ce qu’il faut regarder de près : dégradations ou vétusté ?
Dans les faits, c’est rarement « repeindre ou ne rien faire ». La plupart des dossiers se règlent avec une remise en état localisée, ou au contraire par la reconnaissance d’une peinture vieillissante qui n’a pas à être refaite à vos frais.
- À la charge du locataire : ce qui relève de l’entretien courant, des salissures, des petits dommages et des « menus raccords » (rebouchage, retouches).
- À la charge du propriétaire : ce qui relève du vieillissement normal, de l’âge des peintures, ou d’un problème du bâti (humidité structurelle, fissures).
- Zone grise : couleur vive, usage anormal, ou désaccord sur l’origine d’une dégradation. C’est souvent là que la décision se joue.
Quand, oui, vous avez intérêt à intervenir avant l’état des lieux
Le premier cas est simple : les trous. Doit-on reboucher les trous en location ? La réponse est oui. Chevilles, accroches, supports muraux, tout ce qui a marqué le mur est typiquement rattaché aux réparations locatives et aux menus raccords du décret de 1987. Si vous laissez une série de trous visibles, vous donnez un motif direct de retenue.
Deuxième cas : taches, traces noires, coups. Là, l’enjeu n’est pas de refaire toute la pièce mais d’éviter un état « dégradé » constaté à la sortie. Un lessivage prudent et des retouches peuvent suffire. Si la marque est indélébile, une reprise plus large peut s’imposer, parce que le propriétaire pourra argumenter que le logement n’est plus relouable en l’état.
Troisième cas : une peinture abîmée par usage anormal. Griffures, zones arrachées, cloques liées à une mauvaise aération si elle vous est imputable, ce n’est pas la même histoire qu’un problème d’humidité structurelle. Le point de vigilance, c’est d’identifier l’origine, car payer la peinture n’a pas de sens si la cause vient du bâti.
Enfin, la question des couleurs non neutres est un grand classique. Vous pouvez repeindre pendant le bail : une clause qui l’interdirait totalement ne tient pas. Mais si la teinte gêne la relocation, une remise en couleur neutre peut être exigée. Une cour d’appel a admis une retenue pour une teinte jugée « extravagante » (Cour d’appel de Grenoble, 25 octobre 2011, n° 09/01414). Le marché envoie un message assez clair : si votre choix de couleur saute aux yeux, vous prenez un risque de litige inutile.
Quand le propriétaire doit assumer : la vétusté, ce n’est pas votre facture
Le cas le plus fréquent, c’est une peinture jaunie, passée, qui a perdu son éclat. Cela renvoie à la vétusté, donc à l’usure normale. Une décision de la Cour de cassation est citée sur ce point : le jaunissement est traité comme un vieillissement normal, pas comme une dégradation imputable.
Autre situation : une peinture qui s’écaille parce qu’elle est ancienne. Si l’âge dépasse les durées de vie usuelles, la logique de vétusté est encore plus facile à défendre. Et si le mur présente des fissures ou une humidité structurelle, on sort du simple sujet décoratif : le bailleur reste tenu de l’entretien et, en cas de logement non décent, le sujet se rattache aussi au Code de la construction et de l’habitation.
Le détail qui change tout : si le défaut était déjà noté à l’état des lieux d’entrée, la retenue sur ce motif n’a pas de base. Je l’ai vu sur un état des lieux de sortie où l’agence insistait sur un mur « moyen » : à l’entrée, la même mention figurait déjà, et le dossier s’est dégonflé dès qu’on a remis les documents en face.
Décider vite : une méthode simple pour trancher « retouches ou peinture »
Pour un locataire, le bon angle de lecture consiste à partir des pièces : état des lieux d’entrée, état actuel, et âge approximatif des peintures. Si vous n’avez pas d’état des lieux d’entrée, c’est un levier important : la retenue devient contestable faute de base de comparaison.
Ensuite, classez les murs en trois catégories. Si vous avez une couleur vive ou des dégradations nettes, vous vous rapprochez d’une remise en état. Si vous êtes sur du vieillissement (jaunissement, perte d’éclat), vous êtes sur la vétusté : préparez plutôt des preuves que des travaux. Entre les deux, trous et petits défauts appellent rebouchage et menus raccords, pas une rénovation générale.
Grille de vétusté : comment vérifier une retenue « justifiable »
On vous opposera parfois une grille de vétusté. Retenez une chose : elle n’est vraiment opposable que si elle est annexée au bail et signée. Quand elle existe, elle sert à éviter le forfait et à ramener la discussion à un calcul.
| Élément | Durée de vie | Franchise | Abattement annuel |
|---|---|---|---|
| Peintures murales | 7 à 10 ans | 2 ans | 10 à 15 % |
| Papier peint | 7 ans | 2 ans | 15 % |
| Peintures plafond | 10 ans | 2 ans | 10 % |
| Enduits et crépi | 15 ans | 3 ans | 7 % |
En pratique, deux repères suffisent pour ne pas se faire enfermer. Si une peinture est considérée usée à 100 % à 10 ans, l’imputation au locataire n’a plus de sens sur une peinture « vieille ». Et si on applique un abattement de 10 % par an, une valeur résiduelle de 50 % après 5 ans vous donne un ordre de grandeur de ce qui peut rester imputable, sous réserve de l’état d’entrée.
Un exemple chiffré souvent parlant : après 4 années, on peut retenir une usure normale de 45 %. Sur un devis à 1 000 €, cela laisserait 550 € à la charge du locataire (55 %). Ce raisonnement tient si, et seulement si, le devis correspond à des dégradations imputables et si l’état des lieux d’entrée ne décrivait pas déjà un état moyen.
Ce que le bailleur doit produire, et ce que vous devez garder
Le vrai rapport de force se joue sur les pièces. Pour retenir de l’argent, il faut généralement un triptyque : état des lieux d’entrée, état des lieux de sortie et devis ou facture. Sans justificatif, la retenue ne tient pas. Sans comparaison entrée-sortie, elle se conteste.

- Vos preuves : photos et vidéos horodatées, échanges écrits (mails, SMS), factures de matériaux, attestation ou facture si un pro est intervenu.
- Le bon réflexe le jour J : si vous n’êtes pas d’accord, faites noter vos observations sur l’état des lieux de sortie.
Délais, litiges et solutions quand la peinture devient un conflit
Côté calendrier, la restitution du dépôt de garantie est de un mois si l’état des lieux de sortie est conforme à l’entrée, et de deux mois s’il existe des dégradations justifiant des retenues. Et si la discussion s’enlise, la prescription annoncée est de 3 ans pour agir, ce qui n’empêche pas de demander les justificatifs tout de suite, par écrit.
Si le dialogue est bloqué, la voie la plus utile est souvent la Commission Départementale de Conciliation (CDC). Et si l’état des lieux lui-même est contesté, un commissaire de justice peut établir un état des lieux contradictoire, avec des honoraires qui peuvent être partagés à parts égales entre bailleur et locataire. En dernier recours, le tribunal judiciaire peut trancher, avec un repère mentionné pour les montants inférieurs à 5 000 €, à condition d’avoir un dossier propre.
Sur la peinture, le bon réflexe n’est pas de « refaire à neuf », mais de sécuriser la comparaison entrée-sortie et d’exiger des justificatifs quand une retenue est annoncée.
Pour finir, gardez une règle simple avant de rendre les clés : si vous êtes face à des trous, des taches ou une couleur qui bloque la relocation, faites des retouches ciblées et documentez. Si vous êtes face à de la vétusté, ne sur-réparez pas : préparez vos preuves, et ne laissez pas une retenue « au forfait » remplacer un devis, une facture et un calcul de vétusté.